Les civilisations, les religions, même les continents s’y sont heurtés: rien n’est plus central, dans toute l’histoire de l’humanité, que la Turquie. Si la population actuelle du pays parle dans une large mesure le turc et pratique la religion musulmane, un simple aperçu de l’Histoire avec un grand H suffit pour comprendre qu’il s’agit simplement là du dernier bouillonnement à se produire au fond d’un des plus impressionnants creusets du monde.
Istanbul
Istanbul demeure encore aujourd’hui la métropole du pays, avec ses 13 millions d’habitants. Principal port de mer turc et centre culturel le plus important du pays, Istanbul occupe un site exceptionnel de part et d’autre de la Corne d’Or, petite baie de la rive européenne, à la jonction du Bosphore et de la mer de Marmara.
Magnifique église consacrée à la Sagesse divine, la basilique Sainte-Sophie révèle des perspectives grandioses. La coupole centrale, qui représente la voûte céleste, fait 31 m de diamètre et est suspendue à 55 m au-dessus du sol. Quatre piliers portent toute la charge, de sorte que l’espace central est remarquablement dégagé et que l’ensemble semble léger.
Tout près se dresse l’une des plus belles mosquées du monde, celle érigée par le sultan Ahmed au début du XVIIe siècle. Elle incarne le zénith de l’Empire ottoman. Plus petite que Sainte-Sophie, la mosquée d’Ahmed est cependant beaucoup plus élégante, avec ses dômes qui se succèdent pour créer les volumes. Les murs intérieurs sont recouverts d’une faïence qui a valu son nom à l’édifice: la Mosquée bleue.
L’autre grand pôle touristique de la cité est le palais du Topkapi, le fameux sérail d’où les sultans dirigeaient l’empire. Il s’agit d’un ensemble de cours et de bâtiments. On peut visiter le palais et les nombreux musées qu’il renferme, de même qu’une partie du harem.
Le palais de Dolmabahçe mérite à lui seul que l’on s’éloigne de la vieille ville pour gagner la rive nord du Bosphore, où il fut terminé en 1855. C’était la demeure du sultan Abdülmacid Ier, qui a voulu lui faire jouer un rôle un peu équivalent à celui de Versailles. La visite s’impose pour voir bon nombre des 285 pièces du palais.
L’Anatolie
En Anatolie, l’homme cultivait la terre et pratiquait l’élevage plus de 7 000 ans avant notre ère. À l’est du pays, deux fleuves prennent naissance et ont joué un rôle aussi important que le Nil dans la création des civilisations humaines: le Tigre et l’Euphrate. Le premier arrose encore Bagdad, en Irak, et le second a fait naître l’antique Babylone. Au nord-est, la route de la mer Noire a probablement justifié la construction de Troie et sa destruction par les Grecs.
Ankara
Située au centre du pays, Ankara est la capitale administrative de la Turquie. Elle apparaît bel et bien comme la capitale fière et commerçante du pays avec ses 4 millions d’habitants et son incessante activité.
L’attrait principal d’Ankara est sans contredit le Musée des civilisations anatoliennes. Ce magnifique musée retrace l’histoire des multiples civilisations qui ont tour à tour peuplé les contrées anatoliennes. L’endroit à lui seul vaut le coup d’œil, puisque le musée loge dans un bedesten (ancien marché couvert) et un caravansérail datant du XVe siècle.
Au cœur de la vieille ville se dresse une citadelle entourée de murs érigés entre les VIIe et IXe siècles par les Byzantins. Les larges portes de la forteresse invitent à y pénétrer pour y déambuler tranquillement à travers un dédale de petites ruelles.
Dans la ville moderne, on peut visiter le mausolée d’Atatürk. Ce mausolée, où est enterré le père de la nation turque, évoque bien, par sa prestance, l’importance que les Turcs vouent à ce personnage historique.
Bursa
Au sud de la mer de Marmara, à une centaine de kilomètres d’Istanbul, les premiers Ottomans ont fait de Bursa leur capitale. C’est encore aujourd’hui une charmante cité où l’on trouve tout ce qui fait la ville turque dans l’imaginaire occidental: des rues étroites, des mosquées, des hammams (les fameux bains turcs), des mausolées, des bazars et des maisons d’architecture orientale. Les jardins et les parcs de la ville ainsi que ses faïences vertes lui ont valu d’être associée à cette couleur.
Parmi les attraits touristiques les plus dignes de mention, citons la Mosquée verte, la colline de la Citadelle, les anciens bains du quartier de Cekirge et la mosquée Ulu Cami. Le quartier de Tophane, dans la plus vieille partie de la ville, mérite à lui seul une longue promenade qui permet d’apprécier l’architecture des vieilles résidences ottomanes, traditionnellement construites en bois.
De Marmaris à Antalya
Au sud-est de Bodrum, une longue péninsule s’avance dans la Méditerranée. Sur son côté est, au fond d’une baie bien abritée, Marmaris s’est développée au point de devenir le principal port de plaisance de la région. L’antique village de pêcheurs, construit autour d’un château du Moyen Âge, s’est reconverti pour accueillir ses nombreux visiteurs.
De Marmaris, on peut encore s’éloigner sur la péninsule qui se divise bientôt en deux parties. À l’ouest, une route enchanteresse mène d’abord à Datça, puis au site de l’antique cité de Cnide, depuis longtemps rebaptisée Knidos. L’autre partie de la péninsule, la presqu’île de Bozburun, est moins fréquentée: les sites archéologiques n’ont pas encore fait l’objet de fouilles sérieuses.
À l’est de Marmaris, une autre ville antique mérite le détour. Caunus fut également prospère et, comme Éphèse, cessa de l’être lorsque son port s’ensabla. C’était une ville de la Lycie. Il demeure de cette époque les tombes caractéristiques que les Lyciens sculptaient à même les falaises.
À Antalya, la Lycie fait place à la Pamphylie. Antalya est l’une des plus jolies villes de la côte. La vieille ville mérite qu’on lui réserve au moins quelques heures de promenade, question d’admirer ses minarets, ses mosquées, son vieux port et les fortifications qui la protégeaient jadis. Antalya aussi a son Musée archéologique, l’un des plus riches au pays. Plusieurs plages sont accessibles à proximité.
De Troie à Bodrum
Le site mis au jour en 1868 par Schliemann était habité 4 000 ans avant notre ère, bien avant la destruction de Troie (vers 1250 av. J.-C). Après sa chute, la ville est passée successivement aux mains des Perses, d’Alexandre le Grand et des Romains. Aujourd’hui, Troie demeure une escale incontournable.
En se dirigeant vers le sud, on ne tarde pas à parvenir à la petite ville d’Assos, qui vaut le détour. La vieille ville montre des remparts qui datent de l’Antiquité grecque. On y trouve aussi un charmant petit port. Le site est enchanteur et riche en plages.
Plus au sud et un peu en retrait de la côte, Bergama, l’antique Pergame, accueille les visiteurs depuis 2 000 ans. Il y a beaucoup de sites à visiter à Pergame. La plupart ne recèlent que des ruines plus ou moins bien conservées. L’acropole de la cité rassemble les temples dédiés à Zeus, Athéna et Dyonisos.
Une centaine de kilomètres plus au sud, Izmir est la troisième ville de Turquie. La population locale est celle d’une grande ville, ce qui amène une certaine rupture dans le tissu social. La tradition est moins forte ici, surtout sur le front de mer, où se concentrent cafés, restaurants chics et boutiques. Les bars branchés sont principalement situés dans le quartier d’Alsancak.
En retrait d’Izmir, rien ne semble désigner la petite ville de Sart, autrefois appelée Sardes, comme une destination touristique d’importance. Et pourtant elle fut jadis la capitale d’un royaume: la Lydie. Son plus célèbre monarque, Crésus, vécut un peu plus de 500 ans avant notre ère. Devenu colossalement riche en raison de l’or que charriait une rivière voisine, le Pactole, il inventa la monnaie.
Toutefois, c’est encore sur le littoral, à 75 km au sud d’Izmir, que se trouvent les principaux trésors de la côte égéenne. Entre Selçuk et Efes s’étendent les vestiges de l’antique cité d’Éphèse, l’une des cités ioniennes.
Un pareil parcours historique ne va pas sans laisser de traces. On a d’ailleurs construit à Éphèse une des Sept Merveilles du monde, le temple d’Artémis. Il n’en reste malheureusement que bien peu de choses.
D’autres villes antiques ont également occupé l’arrière-pays d’Éphèse. On peut ainsi visiter Nyssa, Aphrodisias et Pamukkale, trois sites qui ont, tout au moins, le mérite d’être assez éloignés du littoral pour être un peu moins fréquentés. À Nyssa, le principal attrait est un théâtre particulièrement bien conservé.
Comme son nom l’indique, Aphrodisias est d’abord un sanctuaire voué à la déesse grecque de l’amour Aphrodite. Le temple de la déesse dresse encore ses colonnes dans le ciel de la ville. Pamukkale est entrée dans l’histoire, sous le nom de Hiérapolis, en raison de ses sources thermales, qui ont forgé un paysage unique, une espèce d’escalier de sel dont chaque marche est une flaque turquoise.
Sur le littoral, juste un peu au sud d’Éphèse, se trouve la grande station balnéaire de Kusadasi. Elle accueille chaque année des dizaines de milliers de touristes dans ses complexes hôteliers.
Enfin, la partie égéenne de la côte turque se termine par une très belle station balnéaire: Bodrum. La ville fut autrefois connue sous le nom d’Halicarnasse, et l’on y trouvait le Mausolée, une des Sept Merveilles du monde. La ville de Bodrum est entourée de plages et de criques, idéales pour la baignade, la plongée et les excursions en bateau.
La Cappadoce
La Cappadoce, une des plus belles régions de la Turquie, subjugue les visiteurs ses paysages grandioses façonnés par une histoire géologique exceptionnelle. Au fil du temps, l’érosion a sculpté un paysage somptueux de canyons, de cheminées des fées et de vallées somptueuses. S’y trouvent encore aujourd’hui un nombre impressionnant d’églises rupestres, souvent décorées de fresques.
Avanos abrite de toute éternité des potiers qui tirent du limon rouge de la rivière la matière première de leur art. Ürgüp, quant à elle, renferme une cité troglodytique et bénéficie d’une position centrale idéale pour qui envisage de rayonner à partir d’un seul point. Non loin des deux agglomérations, Uçhisar mérite amplement qu’on s’y arrête. Les Hittites avaient déjà retenu ce site, un pic montagneux isolé, parce que facile à défendre. La montagne est depuis devenue un gruyère au fur et à mesure qu’on y installait des résidences semi-troglodytiques. Tout en haut, le panorama est proprement hallucinant.
Les églises et les monastères abondent un peu partout. Ils se distinguent par leur architecture. Ce qui retient l’attention à l’intérieur des églises, c’est l’ornementation picturale, qu’elle soit peinture ou mosaïque.
Parmi les sites dignes de mention, mentionnons Gorème, autant pour son charme que pour son art religieux. À ce propos, il ne faut pas manquer de visiter le musée en plein air à côté de la ville; on y trouve des fresques dans un état surprenant. Zelve, un village dont les habitants ont dû être relocalisés en raison des risques d’éboulement, se prête aujourd’hui à toutes sortes d’explorations.